Rencontre avec Pauline MORON, art-thérapeute à l’USP de l’hôpital Saint-Vincent de Paul, Lille
À l’hôpital Saint-Vincent de Paul, une porte s’ouvre sur un espace qui ne ressemble pas à un service hospitalier. Ici, la lumière se module, les couleurs enveloppent, la musique circule doucement. Les oeuvres d’art ne sont pas accrochées pour décorer. Elles sont là pour être regardées, habitées, traversées.
Cet espace porte un nom : une capsule d’art-thérapie.
Nous avons rencontré Pauline MORON, Art-thérapeute au sein du service de soins palliatifs, pour comprendre la philosophie et la réalité concrète de ce lieu singulier.

Un espace pensé pour le temps présent
La capsule d’art-thérapie est conçue comme un temps pour soi, hors du rythme médical. Les patients, leurs proches et parfois les soignants, peuvent y trouver des couvertures lestées, des masques relaxants pour les yeux, des livres, des oeuvres d’art à contempler, de la musique, des dispositifs lumineux.
La contemplation occupe une place centrale. En effet, Pauline MORON s’appuie sur des données issues des neurosciences, montrant que la contemplation artistique active des zones cérébrales comparables à celles mobilisées lors de la création, avec des effets observés sur l’apaisement, l’attention et la santé psychique.

À ce titre, dans la capsule, une télévision Samsung Frame est utilisée non comme un écran classique, mais comme un support muséal : oeuvres issues de collections internationales, rotation programmée, choix des artistes, musées ou thématiques. L’image, volontairement encadrée, transforme la chambre ou la salle en point de fuite visuel.
Une approche multisensorielle, ajustée aux soins palliatifs
La capsule ne se limite pas au regard. Elle mobilise plusieurs sens :
- L’ouïe, avec des playlists musicales, des séances de méditation guidée, de cohérence cardiaque ou de yoga doux ;
- Le toucher, grâce aux textiles, aux matières, à l’argile, aux supports artistiques ;
- L’olfaction, via des parfums d’intérieur choisis pour leurs capacités à réveiller des souvenirs, sans se substituer à l’aromathérapie médicale déjà pratiquée par les équipes.

Pauline MORON se déplace également en chambre avec un chariot mobile, permettant d’apporter une atmosphère sensorielle aux patients ne pouvant se déplacer. Ces méditations deviennent souvent un prétexte au dialogue, à l’évocation de souvenirs, à une parole différente de celle qui circule habituellement dans le cadre hospitalier.
Créer sans objectifs, être sans performance
En soins palliatifs, l’art-thérapie proposée ne repose pas sur des objectifs de production ou de progression. Il n’y a pas d’attente de résultat, ni d’analyse imposée.
Peinture, dessin, collage, gravure, textile, moulage des mains, création collective en famille : les créations sont variées et s’adaptent à l’énergie du moment. La séance peut durer quelques minutes ou s’étirer. Elle peut être silencieuse ou accompagnée de récits intimes.

Pauline MORON insiste sur un point :
« C’est une parenthèse. Un moment à part. On ne sait pas si l’on reverra la personne. Alors on privilégie la douceur, la beauté et le plaisir de l’instant. »
Un projet structuré, porté par le Fonds de dotation Capsule d’Art
Il est essentiel de nommer précisément le cadre du projet. Le Fonds de dotation Capsule d’Art est le porteur officiel du projet.
Source : Fonds de dotation Capsule d’Art, présentation officielle (https://www.capsuledart.com/les-capsules/)
Le projet s’intitule Les capsules d’art-thérapie. Chaque capsule est un dispositif implanté dans un établissement de santé, selon un cahier des charges précis.
La capsule d’art-thérapie de Saint-Vincent de Paul fait partie de ce projet national.
Une autre capsule a été inaugurée le 24 mars 2026, au CHU de Lille, avec Perrine MALINES comme Art-thérapeute.


Une filiation claire : de Monika FORRO à Pauline MORON et Perrine MALINES
Pauline MORON et Perrine MALINES, respectivement art-thérapeutes à Saint-Vincent de Paul et au CHU de Lille, se sont inspirées directement du travail et de la démarche de Monika FORRO, également art-thérapeute à l’origine du concept et de sa structuration. Elles s’inscrivent dans une continuité, tout en développant une pratique singulière, adaptée au contexte de leur service, à leur parcours personnel et à leur formation intégrant arts-plastiques, musique, mouvement et yoga.
Une reconnaissance institutionnelle en construction
La capsule de Saint-Vincent de Paul a été inaugurée en novembre 2025 et celle du CHU de Lille en mars 2026, après plusieurs mois de travaux et d’aménagement. Le financement repose sur un modèle progressif : le Fonds de dotation Capsule d’Art soutient les premières années, avec une transmission progressive de la charge financière à l’établissement, afin de pérenniser le poste d’art-thérapeute.
L’art-thérapie est pleinement intégrée à l’équipe : transmissions, liens avec les psychologues, échanges avec les médecins et soignants. Une reconnaissance encore rare, mais structurante.
Un autre visage du soin
La capsule d’art-thérapie n’efface ni la maladie, ni la finitude. Elle ouvre un espace où la personne n’est pas réduite à un diagnostic, un protocole ou un lit.

Ici, on regarde un tableau. On écoute une musique. On façonne une matière.
Un lieu de création, d’observation et de contemplation.
Un lieu de beauté, d’inventivité et d’humanité.
Un lieu de vie unique où se croisent les patients, les aidants et les soignants.
Et parfois, cela suffit à faire exister autre chose que la souffrance.
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