Donner la parole pour recueillir une histoire, laisser une trace
Depuis 5 ans, Nadiège SUDRE, biographe hospitalière accompagne des personnes en situation non curative, souvent hospitalisées en unité de soins palliatifs, en écrivant leur histoire de vie à partir de leurs mots. Une démarche profondément humaine, à la croisée du soin, de l’écoute et de la transmission. C’est le coeur de métier de biographe hospitalièr.e, encore méconnu, que nous avons souhaité mettre en lumière dans cet entretien.

Un métier au service du care… pour l’esprit et l’âme
La biographie hospitalière consiste à écrire l’histoire de vie d’une personne en démarche palliative, sans pour autant être cantonnée aux derniers jours de vie.
« Ce sont parfois des personnes qui vont partir dans quelques semaines, mais parfois dans un an ou deux. Ce qui est commun, c’est l’absence de solution curative. »
Idéalement, à l’hôpital, le ou la biographe hospitalièr.e fait pleinement partie de l’équipe. La démarche est proposée par les soignants, lorsqu’ils sentent qu’un patient pourrait y trouver un sens.
« Nous ne sommes ni psychologues, ni coachs. Nous sommes là pour collecter la parole. »
La rencontre se fait toujours dans un cadre posé, respectueux et avec l’accord de la personne. Si le projet démarre, une relation s’installe, faite d’écoute, de confiance et de temps partagé.
À domicile comme à l’hôpital : un accompagnement sur mesure
Aujourd’hui, Nadiège exerce principalement à domicile, en tant qu’indépendante. Ce sont alors les familles qui la contactent directement.
Avant de commencer, une première rencontre permet de vérifier que le courant passe :
« On transmet des choses intimes. Il faut que la personne ait envie de me raconter sa vie. »
Chaque accompagnement est entièrement personnalisé : nombre de rencontres, rythme, format, en fonction de l’état de santé, des envies et des possibilités du biographé.
Écrire à partir des mots de l’autre
Nadiège enregistre les entretiens pour privilégier une présence pleine et entière. Une heure d’échanges représente ensuite cinq à six heures de travail : retranscription, mise en forme, réécriture légère pour rendre le texte lisible, tout en conservant les mots de la personne.
« Une biographie réussie, c’est quand les proches disent : j’ai l’impression de lire ses mots. »

La personne relit toujours le texte, corrige les éléments factuels (dates, lieux, noms) et peut y ajouter photos, recettes, dessins, souvenirs. Il ne s’agit pas d’un livre littéraire, mais d’une autobiographie par autrui, fidèle à la parole donnée.
Un livre unique, fabriqué à la main
Particularité du travail de Nadiège SUDRE : elle réalise elle-même la reliure d’art dans son atelier.
Papier, couleur, typographie, couverture … tout est choisi avec le ou la biographé.e. Trois exemplaires au maximum sont fabriqués, afin de conserver un caractère intime et précieux à l’attention portée à cette méthode de reliure du document.
« Je suis convaincue que le beau rend heureux. »


Le livre est remis à la personne si elle est encore en vie, ou à la famille ou à des personnes désignées par le biographé, quelques mois après le décès, dans un temps volontairement apaisé.
La remise en main est souvent un moment fort, chargée d’émotions et de fierté.
Donner du sens, apaiser, relier
Au-delà de l’objet, la biographie est un projet : entre deux rencontres, la personne y pense, cherche des photos, en parle à ses proches. Une dynamique se crée, qui peut adoucir le quotidien des derniers jours.
« C’est un projet qui donne du sens aux jours. »
Nadiège cite souvent le philosophe Paul RICOEUR :
« Inviter une personne à faire le récit de sa vie, c’est donner de la cohérence, de l’unité et du sens à son existence. »
La démarche bénéficie aussi aux proches et aux équipes soignantes, en facilitant le lien l’adhésion aux soins et plus tard, le travail de deuil.
Un métier encore méconnu, mais essentiel
En France, ils sont encore peu nombreux à exercer ce métier. Les biographes hospitaliers sont formés, opérationnels, mais l’intégration dans les établissements nécessite du temps : il faut connaître la démarche, expliquer, sensibiliser, rencontrer les structures intéressées, trouver des financements.
« C’est un travail de longue haleine. Mais c’est un métier merveilleux ».
Pour Nadiège, l’essentiel reste l’envie de rencontres, l’écoute sincère et le goût de la transmission.

Je suis Nadiège Sudre, j’ai 52 ans. À travers la biographie hospitalière, je fais coïncider un parcours professionnel et personnel. Ce qui m’anime, c’est la rencontre avec l’autre, avec son histoire, ses talents et les mettre en lumière. Je suis formée à la Carebiographie®.
Nadiège Sudre – Biographie hospitalière et thérapeutique – 06 09 32 53 68 – nadiege.sudre@orange.fr – Valenciennes
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